Il y a un an, Cio Mag lançait son premier numéro à Marrakech au Maroc à l’occasion de la seconde édition d’AfroCio, la plate-forme de rencontre pour les DSI africains.
Pour relancer le secteur IT, le gouvernement algérien a lancé récemment un ambitieux programme baptisé e-Algérie 2013. Ce programme, doté d’un important budget,vise à hisser le pays parmi les 30 premiers pays du monde les plus dynamiques dans le domaine de l’économie du savoir, de l’innovation technologique. Mohamed Antri-Bouzar, président d’Algerian information technology association (AITA), nous explique la portée de ce projet et nous livre sa vision du développement des TIC dans son pays.
Pouvez-vous nous expliquer le rôle de votre association dans le développement des Tic en Algérie ?
L’AITA est une association professionnelle qui regroupe 36 entreprises du secteur des TIC dans le but de défendre les intérêts légitimes de ses membres. Ce qui représente près 60 % des plus importantes entreprises du secteur. Depuis 2004, nous portons un regard sur l’évolution du secteur en Algérie et sommes régulièrement consultés par les pouvoirs publics pour donner nos avis et positions sur des problématiques globales relatives à la vie du secteur IT dans notre pays. Nous organisons régulièrement des séminaires avec des acteurs locaux et étrangers pour mieux appréhender, sensibiliser et informer sur les enjeux et les évolutions du secteur aussi bien au niveau national qu’international. L’Algérie est un pays jeune donc très friand des nouveaux outils des technologies de l’information.
Qu’est-ce qui explique alors le retard de l’Algérie dans de domaine par rapport à ses voisins du Maghreb ?
Pourtant, l’Algérie avait compris très tôt les enjeux du secteur IT. Déjà au début des années 70, l’Algérie disposait d’une école d’ingénieurs en informatique qui s’appelait CERI (Centre d’étude et de recherche en informatique), ce qui était considéré comme avant-gardiste à l’époque. Cette école rayonnait aussi bien en Algérie que dans les autres pays africains. L’Etat avait aussi mis en place un commissariat national de l’informatique au début des années 80 afin de planifier les orientations stratégiques futures pour le développement de l’informatique en Algérie.
Mais il y a eu ces années difficiles qui ont mis à mal toute l’économie de notre pays entrainant des retards dans les investissements, dans les programmes de développement. Je pense que le retard pris par l’Algérie dans l’utilisation des outils informatiques est réversible sur un horizon de 3 à 5 ans. L’exemple du secteur mobile est déjà révélateur de l’énorme potentiel que regorge notre pays. Nous avons besoin d’équipements, d’infrastructures pour moderniser le pays. Nous pourrons arriver à cette vision à condition de promouvoir les TIC en tant qu’axe stratégique de développement pour une économie Algérienne fondée sur la connaissance. Il faut apporter les investissements nécessaires pour développer les infrastructures de communication notamment haut débit. Le programme e-Algérie 2013 a été bouclé en juillet 2008 dans le but de renforcer et moderniser le potentiel national en termes d’équipements et d’infrastructures. Près de 4 milliards seront consacrés à la réalisation de ce programme. A terme, l’objectif est de hisser l’Algérie au niveau des standards internationaux.
Quels sont les principaux que couvre le programme e-Algérie 2013 ?
Ce programme couvre plusieurs volets notamment l’équipement des ménages, des entreprises et des administrations par la facilitation des procédures pour la création de PME dédiées aux TIC et l’acquisition des outils/TIC dans les meilleurs délais. Il s’agit également prise de mesures incitatives pour encourager les investissements dans les TIC et le renforcement des capacités de formation en TIC dans l’enseignement supérieur et généraliser l’utilisation de l’outil informatique en équipant les enseignants et les étudiants.
L’AITA a beaucoup contribué à l’élaboration du programme e-Algérie 2013 qui sera lancé très prochainement. Le programme vise également à promouvoir l’introduction de l’e-administration pour décloisonner les relations entre administrations et administrés. Ce qui constituera un des plus vastes chantiers de modernisation jamais entrepris en Algérie. Ce programme sera un levier de croissance pour les entreprises du secteur. Nous sommes certains de l’émergence de nouvelles vocations, de nouveaux métiers pour plus de dynamisme, plus d’innovation pour ainsi favoriser la création de valeur. On verra ainsi apparaitre des filières d’excellence avec des champions nationaux dans des domaines technologiques très pointus.
Il y avait aussi l’opération OUSRATIC qui visait à promouvoir l’usage des TIC au niveau des populations. Que devient ce programme ?
L’opération Ousratic comme son slogan l’indique « un PC pour un foyer » visait à équiper les tous les citoyens d’un ordinateur portable. Cette opération n’a pas fonctionné pour diverses raisons. Les subventions n’ont pas été à la hauteur de ce projet ainsi que le schéma de distribution n’a pas emprunté le bon circuit. Tout cela n’a pas été bien élaboré avant le lancement effectif du projet.
Mais on a tiré les leçons de cet échec et dans le programme e-Algérie, une subvention est prévue pour promouvoir le développement des équipements au niveau des ménages. Il y a quelques années, le gouvernement algérien avait déployé près de 25 000 kilomètres de fibres optiques. Il reste encore à interconnecter les villes entre elles. La volonté politique de faire des TIC un levier de croissance et un axe prioritaire de développement est réelle.
Quelles seraient selon vous les secteurs d’excellence sur lesquels l’Algérie pourrait miser pour sa croissance ?
Nous avons un secteur bancaire et financier algérien en plein développement, nous avons besoin d’entreprises innovantes capables de produire des solutions pour accompagner le développement de ce secteur. Mais aussi dans le domaine de l’offshoring, nous avons des atouts encore peu ou sous exploité. Le programme e-Algérie 2013 a aussi prévu un volet sur la stratégie nationale pour mieux développer le secteur de l’offshoring et attirer des investisseurs étrangers. Un projet de cyber-parc dédié aux TIC est prévu, dans les 2 prochaines années, à Sidy Abdallah (30 km d’Alger) pour accueillir des incubateurs, des chercheurs et des entreprises.
Dans cette perspective, l’enjeu du haut débit est une préoccupation majeure pour les entreprises et les administrations algériennes. Aujourd’hui, il y a moins de 300 000 lignes ADSL en Algérie, le potentiel de développement est important.
Ne pensez-vous pas que la crise financière mondiale ne risque t-il pas d’impacter la mise en place du programme e-Algérie 2013 ?
En tant que grand pays producteur de pétrole, l’Algérie comme les autres pays producteurs de pétrole seront touchés par la crise mais à des degrés divers. Le prix du baril du pétrole a été divisé par 3 depuis le début de la crise ce qui risquerait de ralentir voire reporter certains projets. Mais, la volonté des autorités de l’Etat est claire de consacrer un investissement de l’ordre de 4 milliards de dollars pour promouvoir le développement du secteur IT. Nous espérons que ce secteur ne sera pas concerné par la crise, du moins, pour le moment compte tenu de l’urgence des investissements à apporter pour développer les infrastructures et réduire le gap technologique.
Quelle est votre vision de la fonction DSI ?
Le DSI est un homme clé dans l’entreprise. De plus en plus, des DSI complètent leur connaissance pour justement s’impliquer davantage dans le management de leur entreprise. Ce qui n’est pas le cas dans toutes les entreprises. Ces dernières ont tout intérêt à impliquer les DSI dans leur cercle décisionnel. Je pense que les entreprises les plus innovantes, les plus performantes ont compris l’enjeu des technologies de l’information et de la communication dans leur développement. La productivité et l’innovation sont des facteurs de différenciation dans une environnement concurrentiel. Dans les organisations modernes, le DSI trouve obligatoirement une place centrale dans la hiérarchie en siégeant au comité exécutif.
Le 14/05/2009 Auteur: CIOMag