Interviews DSI

Edouard ODIER, DSI Air France-KLM : « 100 millions d’euros d’économies générés grâce aux synergies IT »


La compagnie Franco-Néerlandaise, devenue le 1er groupe mondial de transport aérien par le CA, continue de mutualiser ses ressources informatiques. Résultat: une forte synergie IT et des économies substantielles ont été réalisées. Edouard Odier, DSI d'Air France-KLM, confie à Cio Mag ses projets structurants et la contribution de son département dans l'accroissement de la compétitivité du groupe.


Il y a environ quatre ans, au moment de la fusion Air France/KLM, vous avanciez le montant de 70 millions d’euros générés par la synergie IT. Quatre ans après, pouvez-vous nous dire si le compte est bon ?
Nous atteindrons bien le niveau de 70 millions dans les délais prévus, soit 5 ans après la fusion. A plus long terme nous ferons mieux, puisque nous pensons arriver à 100 millions d’économies. Il s’agit de synergies obtenues pour les deux tiers dans le domaine des applications, le reste concernant notamment la gestion du réseau télécom, les équipements distribués et les systèmes centraux. Les deux tiers des synergies intéressent également les achats.
Quel est le justement budget consacré aux systèmes d’information ?
Le budget IT représente 3 % du CA global de la compagnie qui s’élève à 23 milliards d’euros, soit 700 millions d’euros. Nous gérons environ 65 000 postes de travail et près d’un millier de serveurs. Aujourd’hui, la DSI emploie 1700 personnels internes. Les dépenses d’innovation concernent pour l’essentiel le développement d’applications nouvelles ou les améliorations majeures de celles existantes. Nous déployons un programme très important autour du SOA en nous appuyant sur la technologie TIPCO. La plupart de nos applications nouvelles sont menées avec Linux. Nous adaptons progressivement nos anciens programmes à cet environnement en commençant par les bases de données.
Quel est le rôle des SI dans l’accompagnement de la croissance de votre entreprise ?
C’est essentiellement dans le domaine commercial avec la mise en place de nouveaux systèmes types gestion des Frequent Flyers, le site Internet BtoC mais aussi BtoB (corporate, PME, agences de voyages), les technologies Call Centers, les services aux passagers comme l’enregistrement sur Internet et les services accessibles sur téléphone mobile. L’informatique d’Air France est totalement centralisée en France et aux Pays-Bas depuis la fusion, il y a quatre ans. Le réseau télécom, notamment africain, est en cours de migration vers des solutions satellitaires pour résoudre aux problèmes liés à la fiabilité. Nous commercialisons auprès de plusieurs compagnies aériennes africaines notre système de réservation, d’enregistrement et de revenue management. C’est le cas avec Tunis Air, Air Maurius, Royal Air Maroc etc.

Depuis la fin de l’année 2007, les compagnies ont généralisé les billets électroniques. Quel est l’impact de ce changement dans la gestion des systèmes d’information ?
Nous sommes aujourd’hui à 97 % de billets électroniques. La première conséquence, c’est la fiabilité des systèmes. Auparavant, il était possible d’avoir recours à un travail manuel lorsque le système était défaillant. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Nous avons l’obligation de fournir un gros travail d’interconnexion entre notre base de données de billets électroniques et une centaine de systèmes d’information de diverses compagnies aériennes. A cet effet, nous sommes en train de développer plus de 200 liens informatiques. A moins terme, la suppression des billets ATB à bande magnétique permettra de générer des économies substantielles. Cela nous permettra de simplifier nos systèmes et de baisser le coût des billets.

Quels sont les projets structurants sur lesquels vous travaillez aujourd’hui ?
KLM a déjà basculé vers le même système de réservation que Air France. Aujourd’hui, nous avons un système commun qui nous permet de gérer les passagers fréquents à travers le système Flying Blue. Nous allons prochainement nous orienter vers un système d’inventaire de réservation d’Amadeus et d’enregistrement. Ce sera aussi le cas avec la comptabilité des recettes passagers. Au total, nous envisageons de dérouler une bonne dizaine de projets communs avec KLM dans les deux années à venir.
Quelle est la spécificité des SI d’une compagnie aérienne comme Air France ?
L’une des spécificités des SI pour une compagnie aérienne réside sur le fait qu’il faut allier les anciens systèmes avec les nouveaux. L’informatique des compagnies aériennes ne date pas d’aujourd’hui. Ce qui fait que la plupart des compagnies aériennes disposent encore des anciens systèmes. Même si ces vieilles technologies sont appelées disparaître, nous devrons encore composer avec elles, avant de migrer progressivement vers les nouvelles. La deuxième spécificité est que les compagnies aériennes présentent l’un des SI les plus ouverts au monde extérieur du fait qu’elles doivent pouvoir vendre des places disponibles et en temps réel sur des sites Internet américains, asiatiques, africains…Chez Air France, je le rappelle, c’est au total près de 200 liens avec les autres compagnies.
Dans les compagnies aériennes, il y a une exigence de niveaux de qualité de service et de disponibilité très élevés. Sans s’arrêter la nuit pour faire des mises à niveau, le système de vente et d’enregistrement doit fonctionner sans interruption 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. En ce qui concerne Air France, nous avons une culture d’informatique assez forte. Notre politique est de piloter les projets en interne de façon à en garder la maîtrise, quitte à sous-traiter des prestations de niveau standard.
Quelle est la configuration actuelle du système d’information ?
Nous utilisons des technologies du monde IBM Zos ( comptabilité, paie, maintenance aéronautique, frequent flyers), les technologies Unisys pour tout ce qui est réservation, enregistrement passager, système Cargo et Unix Sun pour le reste. Nos nouveaux développements sont effectués pour l’essentiel sous Linux.
Comment les sites distants d’Air France-KLM sont il reliés entre eux ?
Au niveau des télécommunications, Air France dispose de près de 700 points d’accès dans le monde. Ce réseau est aujourd’hui géré pour l’essentiel par SITA et France Télécom. En revanche, elle conserve la fonction de pilotage technique et d’intégration des différents composants du réseau. Quant à la ToIP, nous commencerons réellement le déploiement à la fin de cette année 2008. Le déploiement à grande échelle se fera au niveau du siège en 2009.

Pourquoi le choix de cette technologie ; vous estimez qu’elle est aujourd’hui arrivée à maturité ?
Tout à fait ; nous n’avons pas d’inquiétude à ce niveau. Simplement, à la fin 2008 voire début 2009, nous serons en phase de renouvellement de notre parc d’autocommutateurs qui arrive en fin de vie. Alors, il nous parait inopportun de rester sur une technologie ancienne. L’arrivée à maturité des technologies IP aidant, il est normal que nous passions à la technologie IP pour développer des outils de messagerie unifiée, des outils collaboratifs indispensables pour un grand groupe comme Air France KLM qui est très dispersé géographiquement.

La technologie ToIP est aussi génératrice de revenu, d’économie ?
Ce n’est pas notre principale motivation. Autant chez le grand public, on peut faire des économies mais ce n’est pas le cas pour les entreprises. Les calculs économiques que nous avons réalisés n’ont pas démontré des gisements d’économies. En revanche, le gain est plutôt technologique notamment en termes d’implémentation de nouvelles fonctionnalités très avancées.

Air France KLM est-elle une entreprise orientée 2.0 ?
Nous commençons à les regarder de plus près notamment pour ses clients. Nous avons quelques projets en cours pour nos usages internes.
Quelle est votre vision de l’évolution de la fonction DSI ?
Le profil de DSI change énormément. Il dépend de la stratégie de l’entreprise, de sa taille, mais aussi de la nature de l’industrie. Comparée à d’autres fonctions dans l’entreprise, celle de DSI varie selon ces différents facteurs. Les entreprises peuvent exclure leur DSI de leur comité exécutif dans la mesure où leur besoin informatique est plutôt standard et leur informatique reste plus un centre de coût qu’autre chose. En tous les cas, ce n’est pas le c as chez Air France-KLM, le poste est plutôt stratégique


Le 09/07/2008 Auteur: CIOMag


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