Didier Acouetey, président du cabinet AfricSearch, fait le point sur le marché de l'emploi dans le secteur africain des télécoms.

Didier Acouetey : «Certains techniciens africains seront certainement plus novateurs que les techniciens dans certains pays développés où les besoins de ces marchés sont différents.»
Ouest Finance: Vu la croissance du marché en Afrique, les opérateurs africains de télécoms souffrent-ils d'un déficit en ressources humaines ?
Didier Acouetey : La croissance rapide que le marché des télécoms a connue en Afrique ne s'est pas accompagnée d'un développement tout aussi rapide de l'offre de formation de qualité et surtout technique sur le marché. Le secteur a donc connu un décalage entre les besoins exprimés par les entreprises et les compétences disponibles dans certains domaines.
Enfin, compte tenu de ce décalage, la transhumance des compétences avait eu tendance à s'accélérer avec une flambée relative des packages pour les profils de dirigeants alliant compétences techniques et aptitudes à développer rapidement le marché.
OF : Quels sont les métiers qui recrutent le plus dans les télécoms africains ?
DA : Auparavant, les métiers permettant de développer fortement la clientèle, de faire croître les revenus et, d'une manière générale, toutes les fonctions permettant de pénétrer rapidement le marché, avaient connu une demande soutenue au niveau des besoins exprimés par nos clients. Cela était d'autant plus justifié que les opérateurs concentraient leurs activités dans les zones urbaines, caractérisées par une concurrence effrénée pour capter les meilleurs clients.
«Avec le déploiement d'infrastructures pour densifier les réseaux au-delà des villes, la multiplication des offres packagées incluant le téléphone, l'internet, la télévision, etc., les besoins évoluent vers les métiers plus techniques.»
Même si ces profils ont toujours la côte aujourd'hui (marketeurs pointus, commerciaux de haut niveau), il faut noter qu'aujourd'hui, avec le déploiement d'infrastructures pour densifier les réseaux au-delà des villes, la multiplication des offres packagées incluant le téléphone, l'internet, la télévision, etc., les besoins évoluent vers les métiers plus techniques.
Par ailleurs, avec le développement du haut débit, l'installation de la fibre optique ou le WiMAX, les demandes de profils techniques de haut niveau ont tendance à s'accélérer.
OF : Et ceux qui sont saturés ?
DA : On ne peut pas réellement parler de saturation, car le marché continue de croître, même si les taux de croissance ne sont plus exponentiels comme précédemment. Disons néanmoins que le profil de « commercial de base » par exemple qui était légion dans le secteur à ses débuts n'a plus beaucoup de succès !
OF : Quelle est la part des expats dans ce secteur à ce jour ?
DA : La part des expats occidentaux a baissé ces dix dernières années au profit de profils africains et d'expats africains qui ont développé un vrai savoir faire dans cette industrie. On trouve assez facilement aujourd'hui aussi bien des profils de techniciens que de dirigeants africains pour les entreprises de télécoms. Toutefois, le problème de certains techniciens africains qui opéraient sur les marchés internationaux est leur niveau technique très élevé qui est parfois en déphasage avec les technologies déployées par certains opérateurs sur le continent.
OF : Dans quels pays africains la formation aux métiers des télécoms est-elle la plus avancée ?
DA : La Tunisie et le Maroc semblent offrir des formations de qualité, en partenariat avec des écoles européennes d'excellence. D'autres écoles comme l'ESMT au Sénégal semblent offrir une formation de bon niveau.
OF : Quid de la formation permanente et du transfert de technologie ?
DA : Les formations professionnelles se développent très activement dans le cadre de relations entre opérateurs africains et équipementiers européens ou asiatiques. L'Inde et la Chine par exemple sont de plus en plus présentes dans ce domaine.
Certains cadres d'entreprises de télécoms en Afrique choisissent également des cycles de professionnalisation courts dans des écoles de télécoms de haut niveau en Europe.
Quant au transfert de technologie, il ne se développe pas assez vite, de mon point de vue, alors que d'énormes opportunités sont offertes aujourd'hui à l'Afrique dans le cadre de ces nouveaux partenariats avec des pays comme l'Inde.
OF : Les techniciens africains sont-ils en train de prendre de l'avance sur les Européens, par exemple dans le m-banking ?
DA : Probablement au niveau de la créativité développée pour offrir de nouvelles solutions et de nouveaux produits aux consommateurs africains.
De toute évidence, du fait de la faible bancarisation des populations en Afrique, la téléphonie mobile connaît des innovations importantes comme les solutions de paiement de factures ou de transfert d'argent qui se développent à grande allure dans différents pays. Le Kenya est une illustration intéressante. Et de ce point de vue, certains techniciens africains seront certainement plus novateurs que les techniciens dans certains pays développés où les besoins de ces marchés sont différents.
Il faudrait maintenant que les formations de haut niveau suivent cette tendance sur le continent africain pour accompagner cette évolution.
Propos recueillis par Dominique Flaux
« Les demandes de profils techniques de haut niveau ont tendance à s’accélérer »
Didier Acouetey, président du cabinet AfricSearch, fait le point sur le marché de l’emploi dans le secteur africain des télécoms.
Réseau Télécom : Vu la croissance du marché en Afrique, les opérateurs africains de télécoms souffrent-ils d’un déficit en ressources humaines ?
Didier Acouetey : La croissance rapide que le marché des télécoms a connue en Afrique ne s’est pas accompagnée d’un développement tout aussi rapide de l’offre de formation de qualité et surtout technique sur le marché. Le secteur a donc connu un décalage entre les besoins exprimés par les entreprises et les compétences disponibles dans certains domaines.
Enfin, compte tenu de ce décalage, la transhumance des compétences avait eu tendance à s’accélérer avec une flambée relative des packages pour les profils de dirigeants alliant compétences techniques et aptitudes à développer rapidement le marché.
OF : Quels sont les métiers qui recrutent le plus dans les télécoms africains ?
DA : Auparavant, les métiers permettant de développer fortement la clientèle, de faire croître les revenus et, d’une manière générale, toutes les fonctions permettant de pénétrer rapidement le marché, avaient connu une demande soutenue au niveau des besoins exprimés par nos clients. Cela était d’autant plus justifié que les opérateurs concentraient leurs activités dans les zones urbaines, caractérisées par une concurrence effrénée pour capter les meilleurs clients. Même si ces profils ont toujours la côte aujourd’hui (marketeurs pointus, commerciaux de haut niveau), il faut noter qu’aujourd’hui, avec le déploiement d’infrastructures pour densifier les réseaux au-delà des villes, la multiplication des offres packagées incluant le téléphone, l’internet, la télévision, etc., les besoins évoluent vers les métiers plus techniques.
Par ailleurs, avec le développement du haut débit, l’installation de la fibre optique ou le WiMAX, les demandes de profils techniques de haut niveau ont tendance à s’accélérer.
OF : Et ceux qui sont saturés ?
DA : On ne peut pas réellement parler de saturation, car le marché continue de croître, même si les taux de croissance ne sont plus exponentiels comme précédemment. Disons néanmoins que le profil de « commercial de base » par exemple qui était légion dans le secteur à ses débuts n’a plus beaucoup de succès !
OF : Quelle est la part des expats dans ce secteur à ce jour ?
DA : La part des expats occidentaux a baissé ces dix dernières années au profit de profils africains et d’expats africains qui ont développé un vrai savoir faire dans cette industrie. On trouve assez facilement aujourd’hui aussi bien des profils de techniciens que de dirigeants africains pour les entreprises de télécoms. Toutefois, le problème de certains techniciens africains qui opéraient sur les marchés internationaux est leur niveau technique très élevé qui est parfois en déphasage avec les technologies déployées par certains opérateurs sur le continent.
OF : Dans quels pays africains la formation aux métiers des télécoms est-elle la plus avancée ?
DA : La Tunisie et le Maroc semblent offrir des formations de qualité, en partenariat avec des écoles européennes d’excellence. D’autres écoles comme l’ESMT au Sénégal semblent offrir une formation de bon niveau.
OF : Quid de la formation permanente et du transfert de technologie ?
DA : Les formations professionnelles se développent très activement dans le cadre de relations entre opérateurs africains et équipementiers européens ou asiatiques. L’Inde et la Chine par exemple sont de plus en plus présentes dans ce domaine.
Certains cadres d’entreprises de télécoms en Afrique choisissent également des cycles de professionnalisation courts dans des écoles de télécoms de haut niveau en Europe.
Quant au transfert de technologie, il ne se développe pas assez vite, de mon point de vue, alors que d’énormes opportunités sont offertes aujourd’hui à l’Afrique dans le cadre de ces nouveaux partenariats avec des pays comme l’Inde.
OF : Les techniciens africains sont-ils en train de prendre de l’avance sur les Européens, par exemple dans le m-banking ?
DA : Probablement au niveau de la créativité développée pour offrir de nouvelles solutions et de nouveaux produits aux consommateurs africains.
De toute évidence, du fait de la faible bancarisation des populations en Afrique, la téléphonie mobile connaît des innovations importantes comme les solutions de paiement de factures ou de transfert d’argent qui se développent à grande allure dans différents pays. Le Kenya est une illustration intéressante. Et de ce point de vue, certains techniciens africains seront certainement plus novateurs que les techniciens dans certains pays développés où les besoins de ces marchés sont différents.
Il faudrait maintenant que les formations de haut niveau suivent cette tendance sur le continent africain pour accompagner cette évolution.
Propos recueillis par Dominique Flaux
Légende
Didier Acouetey : « Certains techniciens africains seront certainement plus novateurs que les techniciens dans certains pays développés où les besoins de ces marchés sont différents. »
Exergue
« Avec le déploiement d’infrastructures pour densifier les réseaux au-delà des villes, la multiplication des offres packagées incluant le téléphone, l’internet, la télévision, etc., les besoins évoluent vers les métiers plus techniques. »