Blaise Ahouanthède: «Le m-banking est le métier des banques et non des opérateurs»

Blaise Ahouanthède, directeur général du GIM (groupement interbancaire monétique) de l'UEMOA, se livre à une analyse sans complaisance de l'exploitation actuelle du mobile banking et de la réforme de la réglementation en vigueur qui donne droit aux opérateurs du mobile d'exercer des activités bancaires.

Blaise Ahouanthède: «Orange Money, ce n'est pas du m-banking. Son schéma n'obéit pas une stratégie de relèvement du taux de bancarisation.»
Blaise Ahouanthède: «Orange Money, ce n'est pas du m-banking. Son schéma n'obéit pas une stratégie de relèvement du taux de bancarisation.»

Entretien réalisé par Mouhamadou Sall
Source : www.reseautelecom.com

Reseau Telecom Network : Quels risques présente l'exploitation du m-banking ?
Blaise Ahouanthède : Nous ne maitrisons pas toutes les questions liées aux finances et aux risques du système de l'environnement financier de notre zone. La réglementation est à voir. La BCEAO travaille sur la question de la normalisation des opérations financières dans la zone UEMOA pour que cela débouche sur des choses formelles. Le GIM (groupement interbancaire monétique) ne reste pas les bras croisés. Notre mission va dans le sens de la protection des consommateurs. Il faut instaurer un dialogue institutionnel entre les opérateurs télécom et la banque : dans quel contexte font-ils des transferts ? Les risques transactionnels ont-ils été analysés ? Ont-ils le label pour faire des transferts ? Ce sont là autant de questions qui nécessitent des réponses précises.

«Le GIM a décidé de mettre sur le marché une solution de m-banking qui va révolutionner le paysage financier de l'UEMOA.»

La réglementation en vigueur est vieille et inadaptée au contexte actuel où un opérateur s'associe pour faire émettre de la monnaie électronique. C'est un modèle additif qui ne permet pas d'augmenter le taux de bancarisation. Le GIM veut un modèle transformatif qui amplifie la bancarisation, qui incite les clients à ouvrir des comptes bancaires dans la perspective de bénéficier des services offerts par les banques.

RTN : Comment analysez-vous la stratégie de Orange Money ?
BA : Ce n'est pas du m-banking. Son schéma n'obéit pas une stratégie de relèvement du taux de bancarisation. Orange est associée à une banque qui lui garantit l'équivalent de la masse monétaire électronique injectée dans le circuit mobile. C'est tout. Orange est une société de télécom, pas une banque. Et cela a des limites. Le modèle est à revoir pour qu'il soit un modèle bancaire. Le m-banking est le métier des banques et non des opérateurs qui utilisent de vieux textes comme cadre légal d'exercice de leurs activités. Les risques opérationnels me font peur. Ce que nous voulons, c'est formaliser tout cela et atteindre un fort taux de bancarisation susceptible de financer le crédit dont les populations ont besoin.

RTN : Concrètement quelles sont les solutions qui s'imposent pour mettre de l'ordre dans le marché ?
BA : Le GIM veut assurer l'interopérabilité de tous ces systèmes. Nous allons réglementer tout ce marché avec la banque centrale. Les textes vont être réformés, il y a quelques décalages à régler car ils ne sont pas en adéquation avec la réalité du marché.

RTN : Qu'en est-il de votre propre projet de m-banking ?
BA : Le GIM a décidé de mettre sur le marché une solution de m-banking qui va révolutionner le paysage financier de l'UEMOA. Il s'agit d'une solution multi-banques, multi-opérable et multi-opérateurs. C'est une offre qui va redynamiser le marché et encourager les banques en leur permettant d'innover et de créer des fonctionnalités. Les banques vont gérer et proposer ces services à leurs clients, actuels et potentiels, détenteurs de mobile. Le GIM va garantir le cadre de gestion des opérations bancaires et financières via le mobile. La conséquence immédiate, c'est l'accroissement du taux de bancarisation car il s'agit d'un modèle transformatif. Il faut que les banquiers et opérateurs travaillent ensemble. Chacun doit jouer le rôle qui est le sien. La nouvelle réglementation doit tenir compte de toute cette nouvelle dynamique.

RTN : Comment le GIM va-t-il se positionner ?
BA : Nous avons surtout opté pour le m-paiement. Comment utiliser son mobile pour payer des biens et services dans la zone UEMOA en toute sécurité ? Comment utiliser le mobile pour accepter un paiement des biens et services ?
Le GIM se positionne comme un instrument de mise en œuvre de la stratégie économique et financière des Etats de l'UEMOA car c'est la révolution du mobile qui va augmenter le taux de bancarisation. Avec un réseau de 100 banques, le GIM va faciliter l'accès au compte bancaire et la formation des populations à l'utilisation de ce nouveau moyen de paiement.

RTN : Est-ce que toutes les conditions sont réunies pour un démarrage imminent de votre projet m-banking ?
BA : Le conseil d'administration nous avait donné l'autorisation de mettre en place ce projet en décembre 2010. Nous espérons lancer un premier projet pilote vers fin juin 2011. Il s'agit d'un mobile avec des applications GIM. Après la phase pilote, c'est la phase de commercialisation par les banques, des services financiers mobiles. Elle devrait intervenir vers la fin de l'année 2011 ou au début de l'année 2012.

RTN : Quels sont les différents services qui seront proposés par GIM mobile ?
BA : On peut citer entre autres les services paiement, virement, consultation solde, transfert.
Nous accordons beaucoup d'avantages à nos clients qui vont bénéficier de services de proximité avec des coûts de transactions assez réduits, une accessibilité plus aisée aux services financiers. Cela va déboucher sur une réduction de la pauvreté.

Articles reliés

Selon Gartner, les DSI vont perdre du terrain au profit des directions marketing
Tunisie : la qualité des SI grâce au cloud et aux solutions ouvertes
EEPAD, fournisseur d'accès algérien, va exporter des tablettes en Tunisie