Portraits

Etty CLAUDE : " Mon ancien employeur est devenu mon premier client"


Après un DEA de physique obtenu au Centre d’Etude spatiale des rayonnements de Toulouse, Etty CLAUDE est devenu docteur en physique. Ancien directeur des systèmes d’information, il a, durant quinze ans, occupé successivement plusieurs postes à responsabilités croissantes au sein de groupes bancaires, d’assurance d’agro-industrie et de télécoms. Il vient de changer de casquette pour devenir consultant avec la création de D@T@ Consulting Group qui offre des services dans différents domaines allant de l’implémentation de systèmes d’informations géographiques à la mise en œuvre d’outils de la gouvernance et de valorisation des systèmes d’information. Dans cet entretien, Etty CLAUDE nous explique comment il a pu franchir le Rubicon, et nous donne, en tant qu’ancien DSI, sa vision de la fonction vue de l’extérieur.


En devenant aujourd’hui consultant, vous changez de casquette, mais toujours en étroite collaboration avec les DSI. Qu'est-ce qui vous a poussé à faire ce pas pour changer de casquette ?

En général nous sommes tous réticents au changement, surtout lorsque nous occupons un haut poste de direction. Nous aimons changer dans la continuité et nous développons le plus clair du temps un réflexe de carriériste. En effet, lorsque nous sommes DSI d’une multinationale, nous évoluons dans un environnement certes stressant mais qui nous assure souvent un confort qui fait que nous ne prenons pas des risques.
Depuis près de 5 ans, je nourrissais l’idée de créer ma propre entreprise afin de mieux développer et valoriser mes idées. En effet, selon l’activité dans laquelle évolue l’entreprise dont vous avez en charge le pilotage du système d’information, vous êtes cloisonné dans un métier et dans des procédures parfois rigides qui vous laissent peu de place pour l’innovation. Hors, le monde des technologies de l’information est celui qui change le plus et un DSI qui n’innove pas, apporte peu de valeur ajoutée à son entreprise. J’ai eu la chance, pendant 15 ans, d’avoir un parcours très éclectique comme DSI d’entreprise évoluant dans des domaines allant de l’agro-industrie au secteur du tertiaire financier en passant par les télécoms. J’ai pu travailler sur une grande panoplie de concepts et d’outils informatiques novateurs. Pour valoriser ce capital expérience ainsi acquis et vivre, partager avec passion, ce métier passe inéluctablement par la création d’une structure dans ces domaines spécialisés. Aujourd’hui, mon ancien employeur est mon premier client, ce qui atteste de la qualité des relations que j’entretiens avec mon ancienne société.

Changer de fonction pour passer de l'autre côté, vous permet d'avoir une autre vision de la fonction DSI ? Comment la jugez-vous aujourd'hui ?

La fonction DSI doit s’adapter par elle-même et montrer sa place incontournable dans les métiers de l’entreprise. Car nous sommes dans un monde en perpétuelle compétition où chaque métier se croit plus important que l’autre et où chacun cherche à se valoriser en minimisant la place de l’autre. Le DSI doit sortir de ce maquis fait d’intrigue et tenir sa place qui est au carrefour de tous les flux et processus de l’entreprise. De nos jours, une gestion proactive de la chaîne de valeur de l’entreprise ne peut se faire sans une informatique cohérente.

Pour réussir sa mission, la fonction DSI doit porter plusieurs casquettes :

- communiquer pour mieux faire partager l’innovation technologique avec ses collègues directeurs et avec tous les utilisateurs de l’outil informatique ;

- manager au mieux son équipe, afin de fournir des services de haut niveau aux clients internes de l’entreprise ;

- technique, pour comprendre les services que ses collaborateurs fournissent à l’ensemble de l’entreprise ;

- innovation, l’évolution de la technologie influençant immanquablement celle de l’organisation de l’entreprise. Aujourd’hui, on parle d’entreprise 2.0 voire même 3.0. Tous ces concepts barbares pour le commun des mortels ne sont simplement qu’une des conséquences de l’innovation technologique. Le DSI doit donc être le garant de l’innovation au service de la croissance de l’entreprise.
Effectivement, on observe mieux la terre lorsqu’on est au dessus que lorsqu’on est à sa surface. C’est la même chose pour l’écosystème informationnel de l’entreprise. Une longue pratique et une bonne connaissance des métiers de l’entreprise couplées à une veille technologique hardie nous permettent de mieux dresser les besoins de nos anciens collègues. Personnellement je n’aime pas trop le mot « ancien » collègue, car en tant que Directeur d’un Cabinet de conseil en intégration et valorisation des systèmes d’information, je me considère en mission de soutien pour mes collègues DSI afin de mieux les aider à valoriser leur fonction.

Pensez-vous que la promotion logique pour un DSI consiste à voir sa fonction évoluer vers d’autres postes de responsabilité comme DG, DAF voire consultant?

Pour moi, dès lors que la fonction informatique nourrit la totalité de la chaîne de valeur de l’entreprise autant au niveau fonctionnel qu’opérationnel, la promotion rêvée d’un DSI est le poste de DG. En effet, le système d’information d’une entreprise est l’outil le plus à même d’assurer la cohérence et l’optimisation de cette chaîne de valeur complexe que constitue l’entreprise. Il est donc tout à fait logique de confier le poste suprême de cette cohérence au DSI afin qu’il en assure la pérennité. Nul n’étant prophète dans son pays, à défaut d’avoir pour promotion le poste de DG, le DSI doit avoir une culture entrepreneuriale et envisager de créer aussi sa propre entreprise et pas forcement dans le domaine informatique. Un DSI qui devient DAF, à mon avis, perdra sa vision périscopique du système d’information de l’entreprise et son sens de l’innovation au service de la croissance de l’entreprise.


Le 09/07/2008 Auteur: CIOMag


JA