Il y a un an, Cio Mag lançait son premier numéro à Marrakech au Maroc à l’occasion de la seconde édition d’AfroCio, la plate-forme de rencontre pour les DSI africains.
Elu à la tête de l’Union Internationale des Télécommunications depuis janvier 2007, le Docteur Hamadoun I Touré, fait un premier bilan de son action à la tête de l’Union et nous donne son point de vue sur les problèmes rencontrés par Rascom, le satellite africain, l’harmonisation des cadres réglementaires ainsi que son projet phare : «Connecter le monde» Cela fait un an et demi que vous êtes élu à la tête de l’UIT, quel bilan tirerezvous depuis votre prise de fonction ?
Avant mon élection au secrétariat général de l’UIT, j’ai eu la chance de diriger le bureau des télécommunications (BDT) durant 8 ans. Ce qui m’a donné une bonne connaissance de la maison et de son mode de fonctionnement. Dans mon programme, j’avais identifié un certain nombre de chantiers prioritaires. Le premier chantier auquel je me suis attelé
concerne notamment la restructuration de l’Union pour une meilleure gouvernance interne. Ce qui consiste à assainir les finances de l’UIT pour donner des gages de transparence notamment dans la gestion. La
transparence constituait à mes yeux un enjeu très important vis-à-vis des partenaires institutionnels et privés. Le déficit budgétaire était de l’ordre de 5 à 10 % suivant les années. D’ailleurs, la dernière réunion du Conseil
d’Administration a été le point déterminant à tout point de vue. Des pays comme l’Inde, la Corée du Sud ou encore la Chine ont accepté d’augmenter leurs part de contributions pour soutenir nos initiatives. Pour en arriver là, nous avons beaucoup travaillé à l’amélioration du climat de confiance entre l’Union et ses partenaires privés. Il s’agit des relations avec les constructeurs tels HP, Cisco mais aussi les grands éditeurs tels que Microsoft, Oracle ou encore avec les grands opérateurs de télécommunications tels que Vodafone, Orange. L’autre importante initiative à laquelle, je me suis attelé concerne le programme «Connecter le Monde». Connecter le monde est une plateforme destinée à encourager la collaboration et la coordination entre multi-parties prenantes, ainsi qu'à présenter des projets de développement des TIC qui permettront d'atteindre les objectifs de connectivité du Sommet mondial sur la société de l’information c'est-à-dire «connecter les non connectés à l’horizon 2012». Nous avons commencé avec Connect Africa et nous préparons d’autres initiatives similaires notamment avec des éditions pour l’Asie, pour l’Amérique Latine, les Caraïbes…Le troisième axe de mon action concerne la mise sur pied d’un comité d’experts pour travailler sur la sécurité du cyber espace. Il s’agit de sensibiliser tous les acteurs sur les dangers provenant de l’Internet. Nous espérons qu’à l’issu des travaux, les Etats mettront en place des agences nationales pour la sécurité du
cyber espace pour que nos enfants soient suffisamment avisés pour faire face aux éventuels problèmes que posent l’Internet. Enfin, nous avons tenu une conférence pour réfléchir sur une meilleure coordination et une
efficacité des télécoms d’urgence pour aider les populations victimes des catastrophes naturelles. L’après Kigali continue de susciter des espoirs pour les africains.
Dans un récent entretien notre magazine, Jacques Akossi Akossi affichait son optimisme de voir l’Afrique réaliser les objectifs du millénaire pour le
développement, dans son volet IT dès 2012, partagez-vous cet optimisme ?
Nous sommes tombé d’accord avec les pays africains à Kigali juste avant le sommet pour avancer cette date de 2015 fixée par l’ONU pour atteindre les objectifs du millénaires pour le développement notamment dans le
volet TIC. Pour la bonne et simple raison que les technologies de l’information et de la communication servent de catalyseur aux autres secteurs et qu’il fallait que les TIC soient prêts, en amont pour pouvoir les
accompagner. Nous l’avons désormais fixé à 2012 par anticipation pour justement permettre à tous les utilisateurs des autres secteurs de développement notamment dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’agriculture, du business en général de s’arrimer aux nouvelles technologies pour atteindre eux aussi les objectifs. Je suis satisfait de la prise de conscience des autorités africaines et de leur engagement pour atteindre ces objectifs. Durant trois années consécutives, l’Afrique a connu le taux de croissance le plus élevé au monde pour les mobiles. Ce qui veut dire qu’en termes de business, l’Afrique offre un potentiel intéressant pour les investisseurs et pour les industriels à la recherche de nouveaux débouchés. De plus, l’industrie s’est engagée à investir près de 55 milliards de dollars dans le secteur TIC entre 2008 et 2012. Avec tous ces éléments, l’espoir est permis. Nous sommes dans un domaine profitable et les rapports sont de type gagnant-gagnant. Il ne s’agit ni d’assistance encore moins de dons, il s’agit d’une relation de partenariat où tous les
acteurs y trouveront leur compte. Le Bureau des Télécommunications qui a piloté cette initiative « Connecter le monde » continue à suivre sa progression pour la mise en application des engagements pris.
Rascom, le premier satellite africain, a connu des problèmes techniques lors de son lancement en début de cette année. Ces difficultés ne risquent-elles pas de compromettre les projets panafricains en termes de connectivité ?
Rascom a été une grande déception eu égard aux immenses espoirs qu’il a suscité auprès des populations africaines. En tant qu’expert dans le domaine, j’ai suivi les travaux bien avant mon arrivée à l’UIT. Le projet a été porté par l’UIT avant d’être transféré à son siège à Abidjan. Le concept était excellemment bien réfléchi et taillé sur mesure pour répondre aux besoins spécifiques de l’Afrique avec un très bon business model. Avec ces problèmes techniques, la durée de vie du satellite a beaucoup diminué. J’espère que les responsables du projet ont pris les mesures
nécessaires notamment en termes d’assurances pour préparer le financement d’un autre satellite dès que celui-ci arrivera à terme. Cependant, Rascom est complémentaire aux autres systèmes de
communications notamment wireless (GSM, WIMAX, WI-FI)… mais aussi filaires, les câbles sous-marins, les réseaux fibre optique…. Il existe aussi d’autres compagnies qui offrent des solutions satellitaires couvrant le continent africain mais Rascom offre un élément supplémentaire dans la compétition.
Face à la chute des revenus générés par le trafic voix jusqu’alors considérés comme le principal pourvoyeur de revenus pour les opérateurs historiques, que préconise l’UIT pour aider les opérateurs africains ?
La technologie évolue très rapidement, il faut s’adapter à cette évolution pour offrir des solutions à valeur ajoutée, donc profitables. On avait commencé avec la télégraphie, puis il y au la radio avant l’arrivée de la téléphonie. Dans ce dernier contexte, le trafic voix avait longtemps dominé pendant plusieurs décennies avant l’arrivée du trafic de données
qui, à présent, prend le dessus. Les opérateurs comprendront qu’il faut changer pour adapter leur business model en conséquence. Dans quelques années, la voix deviendra juste un simple accessoire presque gratuit et qu’il faudra trouver des offres de services à forte valeur ajoutée. Il faut que les opérateurs comprennent que l’élément fondamental reste le développement du contenu. Et l’Afrique dispose d’un très riche patrimoine qui ne demande qu’à être mis en valeur. Le tout c’est de trouver le moyen de l’adapter pour le valoriser au mieux dans un contexte
de convergence des technologies. Les opérateurs devraient plutôt s’orienter vers des offres dites triple-play alliant à la fois la voix, la donnée et la vidéo. Si les opérateurs africains ne s’adaptent pas à cette convergence, devenue inéluctable, ils risquent d’être dépassés.
Des investissements s’imposent pour mettre à niveau les réseaux afin de s’adapter à l’évolution technologique ?
L’investissement est nécessaire certes mais il faut aussi mutualiser les ressources pour une utilisation plus optimale. Il faut que les opérateurs pensent aux avantages liés au partage des infrastructures. Cela représente des gains importants qu’il faut prendre en compte pour être compétitif.
Le 09/07/2008 Auteur: CIOMag