Il y a un an, Cio Mag lançait son premier numéro à Marrakech au Maroc à l’occasion de la seconde édition d’AfroCio, la plate-forme de rencontre pour les DSI africains.
Nouvellement élu à la tête du Secrétariat général de l'Association de Gestion des Ports de l'Afrique de l'Ouest et du Centre (AGPAOC), El Hadji Mar GUEYE, DSI du Port Autonome de Dakar, nous retrace l’héritage qu’il vient de laisser à la direction des systèmes d’information du Port qu’il a eu à gérer pendant plusieurs années. En tant que nouveau patron de l’AGPAOC, il inscrit le volet IT au cœur de son programme et plaide pour la promotion de l’usage des systèmes d’information au service des opérations portuaires pour contribuer à créer de la valeur en Afrique.
Du point de vue système d’information, le Port de Dakar dispose d’outils très modernes, comparé à ces pairs de la sous-région », explique El Hadji Mar GUEYE qui vient par ailleurs d’être élu Secrétaire général de l'Association de Gestion des Ports de l'Afrique de l'Ouest et du Centre (AGPAOC), pour un mandat de quatre ans. Cependant, le nouveau patron de l’AGPOC nuance son propos dans la comparaison. « Si je prends l’exemple du Port de Dakar et de celui d’Abidjan, il ne peut pas y avoir de comparaison entre les deux pays. Le port est le reflet du poids économique du pays. Or, du point du vue exportation, on ne pas comparer le Sénégal à la Côte d’Ivoire qui dispose de plus de ressources que le Sénégal. En revanche, en termes de services, le Sénégal n’a rien à envier à aucun port de la sous-région notamment dans le domaine du transbordement où le pays, de par sa position géostratégique, bénéficie d’un avantage concurrentiel majeur en terme de gain de temps par rapport aux autres pays », admet M. GUEYE. En outre, d’importants investissements sont en cours de réalisation à la suite, notamment, à la concession à l’opérateur Dubaï Port World (DPW) du terminal à conteneurs et son extension pour un plan d’investissement estimé à 300 milliards de francs CFA pour les 25 prochaines années.
La particularité des systèmes d’information du Port autonome de Dakar réside sur le fait qu’il s’étend sur plusieurs kilomètres carrés et dispose de ses propres réseaux de voirie, de postes de transformation qui gèrent l’électricité en moyenne et basse tension mais aussi de rails, de plans de circulation. Bref, une ville dans une ville.
La DSI mobilise aujourd’hui une trentaine de personnes et gère au quotidien deux serveurs de production de type AS 400 autour desquels gravitent un certain nombre de serveurs principalement sous Windows et Unix. Il s’agit d’applications satellitaires qui traitent directement les flux liés notamment au rapprochement bancaire, à la trésorerie. Quant aux applications métiers et aux ERP, elles dépendent d’autres plateformes à haute disponibilité pour les environnements critiques.
« Nous avons comme mission de conseiller la direction générale en matière de stratégie de mise en œuvre de système d’information et plus globalement dans le domaine de la sécurité mais aussi, nous couvrons toutes les activités liées à l’exploitation du courant faible des onduleurs jusqu’aux postes de travail. Notre direction a aussi en charge l’exploitation de tous les moyens de communication types PABX, téléphonie filaire, le parc de fax et des terminaux de radiocommunications » selon El Hadji Mar GUEYE.
Au total, le Port de Dakar compte un parc de 300 postes de travail (Windows XP avec office 2007) qui sont interconnectés via un réseau à très haut débit. Depuis 2004, le débit potentiel a atteint le Gigabits/s. Une liaison à 1 Gbits/s permet d'assurer la fluidité des données de ce réseau moderne, capable de supporter théoriquement à la fois les flux de voix et données.
Elle relie entre eux un parc de postes de travail, les serveurs, les imprimantes et le système téléphonique. « En quatre ans, nous sommes passés d'une sortie de 4 Mbits/s à 1 Gbits/s, soit un débit 25 fois supérieur », se réjouit El Hadji Mar GUEYE.
Après la refonte complète de l’ancien système en 2003, la DSI du Port a fait évoluer les capacités pour mieux fluidifier les traitements de données passant ainsi du méga au gigabits/s. Construit sur un modèle type LAN (Local Area Network) Campus, le réseau du Port de Dakar s’entend sur un rayon de 12 kilomètres carrés pour interconnecter les 18 sites géographiques. Ils sont reliés entre eux par des liaisons en fibre optique et radio et supportés par un backbone qui fournit des accès Internet à très haut débit jusqu’à l’intérieur des bâtiments. Côté routeurs, le Port de Dakar a fait le choix du full Cisco depuis déjà très longtemps.
L’ancien réseau datait de 1995. C’est à la suite de plusieurs travaux d’extensions du réseau avec notamment la création de nouveaux sites qu’il fallait intégrer sans parler de l’accroissement du nombre de postes de travail ainsi que les applicatifs que nous avons pris la décision de mettre à plat l’ancien site. Ce projet intègre un plan directeur couvrant les périodes 2004-2008 et prend en compte deux volets : la refonte des applicatifs standards et le renforcement de l’équipe DSI.
Après un audit de l’existant, la DSI a pris la décision de faire évoluer le réseau. C’est ainsi que le réseau est passé au Gigabits/s.
« Du point de vue réseau, nous sommes très performant avec des temps de réponse très corrects par rapport à beaucoup de sociétés de la place », fait observer El Hadji Mar GUEYE.
D’importants projets sont en cours de réflexion notamment celui lié à la convergence des réseaux voix et données. « En 2009, le parc de PABX arrivant en fin de vie, nous avons fait le choix de passer, à partir de cette période, à la généralisation de la VoIP », prévoit-il.
Pour le DSI, la migration vers la VoIP est un moyen d’optimiser le réseau en y implémentant de nouvelles fonctionnalités qui répondent justement aux besoins exprimés par la communauté des utilisateurs.
Compte tenu de son rôle stratégique, la direction des systèmes d’information reporte directement à la direction générale du Port de Dakar, si l’on s’en tient à l’importance des investissements qui lui sont consacrés. La DSI joue un rôle majeur dans la sécurité du Port. Le système de vidéo surveillance, entièrement sous IP avec 66 caméras sans fils, couvrent tout l’environnement portuaire et permet de sauvegarder sur disques optiques numériques, lesquels offrent la possibilité de stockage des données informatiques sur un support d’une grande capacité. Ces données transitent, via un autre réseau radio, sur la bande de fréquence 5.2 et 5.7 et permet de gérer les contrôles d’accès et la vidéosurveillance.
Du point de vue radio, le Port dispose de deux systèmes de radiocommunications VTS (Vessel Trafic Sytem) qui est un système composée de deux radars de longue et de courte portée :
- le premier est basé au Cap Manuel, une petite colline située à quelques 8 kilomètres au large de Dakar ; il permet de surveiller les mouvements des navires sur un rayon de 80 kilomètres des eaux dakaroises ;
- le deuxième radar de courte portée se rapproche des navires pour les suivre jusqu’à 25 kilomètres du Port de Dakar.
« Depuis 2004, nous avons mis en place le système AIS (Automatical Identification System) qui permet de pister tous les navires en mer munis de transpondeur. Par beau temps, nous pouvons voir sur nos écrans tous les navires au large de nos côtes jusqu’aux Iles Canaries. En plus de pouvoir les visionner, nous avons accès aux informations liées au nom du navire, à sa destination, à son origine et à la nature de la marchandise qu’il transporte. C’est pourquoi, les aspects sécuritaires gérés par les systèmes d’information sont très importants » révèle El Hadji Mar GUEYE.
L’AIS est un nouveau système d’identification des navires basé sur des échanges totalement automatisés. Il a été proposé à l’OMI par l’Association Internationale pour la Signalisation Maritime (AISM/IALA) au début des années 90. Le but de l’Association était alors de rendre possible l’identification de n’importe quel navire se trouvant dans une zone maritime à forte densité de trafic et d’en connaître la position exacte en temps réel.
Ainsi le Système d’Identification Automatique est un réseau d’échanges utilisant la bande de fréquence VHF. Ses deux principaux objectifs sont d’un part renforcer la sécurité en mer et, d’autre part protéger l’environnement maritime.
L’AIS permet de situer et d’identifier les navires jusqu’à une distance d’environ 50 km. En outre le système permet d’alerter les navires en route de collision et d’envoyer plus efficacement des appels de détresse. Le système pourrait notamment être comparé à un autre système d’identification qui, lui, a déjà été mis en place depuis de nombreuses années dans l’aviation : l’IFF (Identification Friend or Foe).
Malgré ce parallèle avec le transport aérien où le système d’identification automatique a déjà fait ses preuves, il est difficile aujourd’hui d’avoir une vision complète de toutes les possibilités mais aussi de tous les défauts de ce système en cours d’implémentation sur les navires. « L’AIS est avant tout un système d’identification des navires. Cependant, sa mission ne s’arrête pas là et nous passons d’un système basique d’identification des navires qui tente de pallier les défauts des radars, à un système beaucoup plus complexe permettant une meilleure gestion du trafic, afin de sécuriser davantage la circulation des navires. Mais l’AIS devrait également permettre de réduire les risques de pollution marine et même de terrorisme, dans une certaine limite », explique El Hadji Mar GUEYE.
Et de conclure : nous avons également un autre système qui permet de localiser sur une carte un navire qui émet un signal de détresse. Il s’agit du système basé sur la radiogoniométrie permettant, par des combinaisons de triangulation, de calculer la position du navire en question.
Le 09/07/2008 Auteur: CIOMag
