Il y a un an, Cio Mag lançait son premier numéro à Marrakech au Maroc à l’occasion de la seconde édition d’AfroCio, la plate-forme de rencontre pour les DSI africains.

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Dossier

« Les compétences africaines existent mais sont très généralistes », Aissata SOW THIAM


Nanti d’un doctorat en Biophysique (l’Université de Technologie de Compiègne-France), Aissata SOW THIAM est Manager Associé Performances Management Consulting (Bureau Mali), une SSII leader dans le domaine du conseil en management en Afrique de l'Ouest. Dans cet entretien, elle nous livre sa vision sur la gestion des compétences, la fuite des cerveaux et l’incitation au retour des experts africains de la diaspora.


Sur le plan des compétences, estimez-vous que le marché du travail pourvoit suffisamment de personnels qualifiés pour répondre aux besoins des SSII?

Le marché ne peut pas forcément absorber tous les techniciens et ingénieurs formés localement mais ces ressources humaines se repartissent assez logiquement entre les SSII de la place et les micros entreprises qu’elles créent pour juguler le chômage et bénéficier des subsides gouvernementaux ou de bailleurs de fonds internationaux. Les grandes entreprises ont certes besoin d’ingénieurs compétents mais surtout de gestionnaires de projets et de conduite du changement. Pour pallier l’insuffisance de ces profils, les SSII prennent en charge des cycles de formations spécifiques alignés sur le marché.

Il est toutefois difficile de disposer de compétences pointues notamment dans des domaines prisés par les SSII : J2EE, .NET, réseaux, sécurité informatique, client/serveur, ERP, CRM et Décisionnel. Pour chacune de ces spécialités, il y’a une diversification des technologies pour lesquelles les SSII recherchent des compétences, ce qui oblige souvent à se tourner vers les experts internationaux dont les services ne sont pas toujours abordables.

Les compétences africaines existent mais sont plus généralistes et nécessitent des formations ciblées pour répondre aux besoins du marché. La diaspora africaine a sans nul doute les compétences requises mais peut être moins attractive du fait des coûts induits d’expatriation et de rémunération.

On constate des formations diplômantes assez poussées dans nos contrées mais l’accent n’est pas mis sur les formations courtes (BTS, DUT, etc. .) qui permettent de satisfaire les activités à faible valeur ajoutée mais nécessaires des SSII africaines. Le Maroc a entamé une politique de formation de masse qui intègre le recyclage des diplômés universitaires scientifiques dans les filières informatiques. Le développement des infrastructures et des alliances fructueuses avec les acteurs internationaux peuvent être des stratégies gagnant – gagnant pour faire face aux besoins locaux en informatique.


La politique salariale pratiquée par les SSII est-elle contributive à la fuite des cerveaux ?

Effectivement, à la pénurie de personnel qualifié, s’ajoute la fuite des cerveaux… .
Les niveaux de salaires ne sont pas compétitifs en général mais l’offshoring informatique permet de sécuriser des marchés à l’international qui permettent de pratiquer des niveaux de rémunération relativement attractifs. Les entreprises locales s’attèlent à développer des offres plus attractives pour les compétences clés et n’hésitent pas à mettre en avant un pouvoir d’achat plus conséquent sur le plan local à salaire égal.
La difficulté à attirer et fidéliser les compétences de la diaspora réside plus dans la mise en place d’un environnement professionnel de pointe qui offre des opportunités de développement et d’innovation technologique pour les étudiants et les travailleurs étrangers qualifiés.
Pensez-vous que l’incitation au retour des experts via des programmes de sensibilisation et de recensement des africains de la diaspora pour participer dans la mise en œuvre de projets de développement (Pnud, Banque Mondial) ou des programmes nationaux pour attirer les cerveaux ont un impact réel, du moins, dans votre secteur d’activité ?

Les programmes comme TOKTEN favorisent effectivement le retour au pays de certaines compétences. En effet, l’un des écueils dans la réflexion de retour c’est la crainte de l’environnement d’accueil, de l’univers professionnel, bref du cadre de travail par rapport aux conditions offertes dans les marchés occidentaux.
Ces programmes comme TOKTEN qui existent au Mali ou au Niger permettent aux intéressés d’affiner leur connaissance du marché de leur pays.

Aujourd’hui, le cadre d’intervention est fortement secteur public en général et enseignement post bac et universitaire en particulier. Mais il est vrai comme cela a été le cas au début des années 2000 avec TOKTEN Sénégal ce programme a permis à des entreprises du privé de faire appel à des compétences de haut niveau à des taux inférieurs à ceux que pratiquent des structures de conseil comme la nôtre. Donc oui, cela a eu un impact économique sur notre activité. Mais également, cela contribue à tirer vers le haut le niveau d’attente des clients.


Le 23/09/2008 Auteur: CIOMag


JA
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