Il y a un an, Cio Mag lançait son premier numéro à Marrakech au Maroc à l’occasion de la seconde édition d’AfroCio, la plate-forme de rencontre pour les DSI africains.
Dans cet entretien Mohammed HORANI, nouveau Président de l’APEBI, la puissante Fédération des Technologies de l’Information, des. Télécommunications et de l’Offshoring du Maroc, explique les principales orientations stratégiques de sa fédération dans les prochaines années. En tant qu’Expert en monétique, il explique, il nous livre son analyse sur l’évolution de ce secteur en plein développement notamment en Afrique.
Vous venez d’être porté à la tête de l’Apebi, quels sont les axes majeurs de votre action à la tête de la fédération ?
Les axes du programme défini pour le mandat 2008-2009 reposent sur une vision stratégique intégrée avec trois axes importants :
• Une stratégie plus forte au service de l’économie nationale.
• Une opérationnalisation du Contrat-Progrès 2006-2012.
• Un renforcement des structures et des services de l’Apebi.
Le premier axe de notre programme vise la consolidation et l’intégration entre l’industrie locale et l’offshoring, afin de favoriser la convergence des stratégies de développement du secteur, toutes composantes confondues. Il nous faudra aussi, dans le cadre de cet axe, contribuer au renforcement de la confiance numérique, promouvoir les TIC au service de la compétitivité des PME (50.000 entreprises visées à terme sur 78.000 recensées) et favoriser la naissance de «Champions nationaux».
Dans le cadre du second axe de notre programme, il est important de rappeler que le Contrat Progrès 2006-2012 est une vision stratégique de développement du secteur des TIC dans notre pays. Il précise les objectifs à horizon 2012 ainsi que les moyens nécessaires pour les atteindre. La mise en œuvre de cette stratégie permettra à terme de positionner notre secteur dans une dimension internationale et de participer à la croissance économique et à la création d’emplois.
L’opérationnalisation de cette stratégie volontariste constitue une grande priorité pour notre fédération. Nous sommes conscients que l’implémentation est toute aussi importante, sinon plus importante, que la conception et la définition de la stratégie elle-même.
Enfin, le troisième axe de notre programme consistera à renforcer les structures de l’Apebi et l’élargissement des services à destination des membres dans l’objectif de leur permettre de bénéficier des apports des stratégies en place (Contrat Progrès, Emergence pour l’ Offshoring et e-Maroc).
Quels sont les résultats attendus ?
Les résultats attendus de ce plan d’action 2008-2009, dépendront non seulement des efforts importants que l’Apebi déploiera à cet effet, mais aussi et dans une grande mesure, de décisions relevant des pouvoirs publics et de l’implication des autres acteurs dans la mise en œuvre de cette dynamique.
Aussi, afin d’harmoniser nos efforts avec les pouvoirs publics, l’Apebi continuera-t-elle à s’adosser à un réseau de partenaires publics et privés, nationaux et internationaux, sur la base de conventions de coopération.
La fédération aspire à une plus grande ouverture vers l’international ; avez-vous identifié une stratégie pour fédérer vos actions notamment en Afrique ?
Notre ouverture à l’international se fait sur la base de trois filières : l’exportation des produits et services de l’industrie locale, l’offshoring et l’attraction des grandes multinationales pour faire de notre pays un hub régional. Nos actions sont ciblées par région et l’Afrique tient une place de choix dans notre stratégie d’ouverture. Nous pensons que nous avons le devoir de promouvoir la coopération sud-sud. Certains opérateurs marocains sont déjà présents en Afrique du Nord, en Afrique de l’Ouest et en Afrique Centrale. Ces expériences sont très encourageantes et démontrent que l’offre marocaine est bien adaptée aux besoins des pays africains. Les relations historiques qui nous lient à nos amis et frères africains d’une part, et la ressemblance de nos spécificités d’autre part, présagent d’un avenir très prometteur pour la coopération avec les pays de notre continent. Notre fédération, qui a bien compris les enjeux de cette opportunité historique, prévoit dans son programme 2008-2009 plusieurs missions pour la promotion et le développement de cette coopération.
Pour en venir à vos activités d’Expert en monétique, vous d’éclairez récemment que l’histoire et le concept de la carte à puce ne font que commencer. Pourquoi, est-ce que le gisement en Afrique reste encore sous exploité ?
L’histoire de la carte ne fait que commencer non seulement en Afrique, mais dans le monde entier. Le gisement reste sous exploité, y compris dans les pays développés. En 2006, la croissance a été de 15% aussi bien pour Visa que pour MasterCard. Plus d’un milliard et demi de leurs cartes de crédit et plus d’un milliard de leurs cartes de débit sont déjà en circulation, sans compter les cartes prépayées qui sont en train de démocratiser le paiement électronique auprès des populations non bancarisées.
L’année 2006 aura été une année historique aux Etats-Unis. En effet, le paiement électronique a dépassé pour la première fois tous les autres instruments de paiement en s’accaparant une part de 52%.
Ces tendances devraient continuer sous l’effet de plusieurs facteurs :
• La mondialisation avance et les regroupements régionaux s’installent progressivement. L’Union Européenne a lancé le programme SEPA en 2006. Le CTMI a été mis en place avec succès en Afrique de l’Ouest et assurera l’interopérabilité du paiement dans les huit pays de la région. L’Afrique Centrale est sur la dernière ligne droite pour lancer l’interopérabilité dans les 6 pays de la région. Les pays du Golfe ont été précurseurs dans ce domaine, et ce depuis quelques années déjà.
• L’amélioration du pouvoir d’achat des consommateurs, et notamment dans les pays émergents, associé à l’extension des réseaux d’acceptation, grâce au paiement sur le net et sur le mobile, favorisent considérablement la croissance du marché.
• Les cartes de débit sont en train de rattraper leur retard et ne tarderont pas à dépasser les cartes de crédit. Les cartes prépayées, qui s’adressent à une population plus large, vont certainement à leur tour et plus rapidement qu’on le croit, dépasser les cartes de débit. Je suis profondément convaincu que la carte prépayée sans contact constitue le pire ennemi du cash.
• Les cartes entreprises sont en train de rattraper leur retard et deviennent progressivement une priorité dans la stratégie de tous les émetteurs. Elles permettent aux entreprises de maîtriser leurs dépenses et de mieux gérer leur trésorerie. Elles s’avèrent donc indispensables pour améliorer la compétitivité des entreprises qui se préparent avec acharnement à la mondialisation et aux accords de libre-échange.
En Afrique et dans la plupart de nos pays, la culture du cash, le faible taux d’alphabétisation ne constituent-ils pas des handicaps pour le développement du marché ?
Au contraire, ces contraintes constituent une grande opportunité pour le développement du marché.
Le taux d’alphabétisation n’a pas empêché la téléphonie mobile de se développer dans nos pays. Des personnes analphabètes sont capables d’utiliser quotidiennement leur téléphone sans difficultés, y compris pour l’introduction de leur « PIN ».
Le développement d’une offre monétique permettra de lutter progressivement contre cette culture cash. En France, par exemple, la carte a été développée grâce aux distributeurs automatiques de billets. Cette commodité d’accès au cash a développé le réflexe d’utilisation de la carte. Petit à petit, les porteurs de cartes ont commencé à doser les retraits cash en fonction de leurs besoins, favorisant ainsi la croissance de l’épargne.
La stratégie de développement de la monétique en Afrique doit reposer sur l’émission de cartes adaptées, sans négliger le développement des réseaux d’acceptation.
En matière d’émission, les cartes prépayées sont bien adaptées aux spécificités du marché africain, qui souffre d’une sous bancarisation :
• Carte Salaire, destinée aux employés non bancarisés à faible revenu.
• Carte de transfert de fonds, un moyen flexible destiné au segment des émigrés.
• Carte Jeunes, permettant aux jeunes d’accéder à leur argent de poche et de s’habituer à gérer leur budget.
• Carte Retraite, permettant la distribution des pensions sur cartes aux retraités non bancarisés.
• Carte de voyage, chargée d’une dotation touristique, destinée aux citoyens dans les pays sous contrôle de change.
En termes d’acceptation, les banques doivent développer davantage les réseaux commerçants (le commerce de proximité notamment) et promouvoir de nouveaux services tels que le transfert d’argent et le paiement de factures des grands opérateurs (distributeurs d’eau et d’électricité, opérateurs télécoms, etc.). Le mobile et Internet doivent également être développés en tant que canaux de paiement. De manière générale, le développement de l’émission des cartes passe nécessairement par le développement de leur acceptabilité.
On aspire de plus en plus au risque zéro, est-il réalisable dans le secteur de la monétique ? Si oui et Pourquoi ? Quel serait le taux raisonnable que l'on pourrait atteindre?
Le risque zéro n’existe dans aucun moyen de paiement. Cependant la culture de gestion du risque varie d’un pays à un autre. Dans la culture anglo-saxonne, les pertes dues à la fraude font partie des charges et doivent être maîtrisées au même titre que toutes les autres rubriques de dépense. Les banques africaines ont fini par épouser cette culture bien que leurs réflexes peinent à s’y adapter. Il s’agit de trouver un bon équilibre entre le risque théorique dû à la fraude et le coût de gestion de ce risque. Il ne faut surtout pas que le coût de gestion soit supérieur au risque lui-même. C’est ce qui risque de se produire pour les banques qui visent le risque zéro. Il ne faut pas oublier que la moyenne mondiale de la fraude n’est que de 4,8 cents pour 100 Dollars US, soit 0,48 pour 1.000. Il ne reste plus qu’à…
Encadré 1, Mohammed HORANI, un homme de conviction
Lauréat de l’Institut National des Statistiques et Economie Appliquées à Rabat, M. Horani a intégré en 1974 le ministère du plan en tant que statisticien. Deux ans plus tard, il a occupé le poste de Directeur Technique au sein d'une société de service et d'ingénierie informatique, filiale du groupe ONA jusqu'en 1982, date à laquelle il a pris en charge le département Réseaux et Gros Systèmes au sein de Bull Maroc. Deux années plus tard, il a pris la direction générale de S2M et a mené cette mission avec succès entre 1984 et 1994. En 1995, il a fondé HPS qu'il dirige depuis en tant que Président Directeur Général. M. Horani est reconnu en tant qu’expert international dans le domaine du paiement électronique. Il est le concepteur de plusieurs logiciels de paiement et notamment la suite des produits PowerCARD de HPS, installée dans plus de 50 pays en Europe, en Afrique, au Moyen Orient et en Asie. Son expertise, très prisée, l’a amenée à conduire plusieurs missions de consulting et à animer plusieurs conférences dans de grands forums internationaux. Depuis trois mois, il préside aux destinés de l'APEBI, la puissante fédération marocaine des fournisseurs.
ENCADRE 2 :
Le marché africain de cartes à puce, croissance et potentiel ?
Population 800 millions d’habitants
Taux de pénétration cartes 3,6%
Cartes de débit 77% des cartes
Retrait d’argent : 92% des transactions
Source : D’après le Nilson Report, le taux de croissance dans la région MENA (Moyen Orient et Afrique du Nord) en 2006 par rapport à 2005 a été de l’ordre de 25%.
Le 09/07/2008 Auteur: CIOMag
