Il y a un an, Cio Mag lançait son premier numéro à Marrakech au Maroc à l’occasion de la seconde édition d’AfroCio, la plate-forme de rencontre pour les DSI africains.
Directeur des Systèmes d'information de Total, le premier groupe français, Patrick HERENG présente à Cio Mag l’organisation de son département ainsi que ses projets structurants
Cio Mag: Quelle est la stratégie IT du groupe Total ? Comment la direction des systèmes d’information est-elle organisée ?
La DSI de Total est structurée autour d'une direction groupe composée de 170 personnes et de directions SI métiers pour chacune de ses 3 grandes branches : raffinage marketing, exploration production et chimie. La direction groupe assure la coordination des directions métiers des systèmes d'information, la fourniture de services transversaux pour les branches, l'anticipation des évolutions stratégiques des systèmes d'information pour répondre aux besoins métiers. Directement rattachée à la direction financière, notre direction emploie 2200 informaticiens et autant de prestataires de service. Nous gérons 80 000 postes de travail et plusieurs milliers de serveurs. Il faut comprendre que l’informatique n’est pas notre cœur de métier, mais aujourd’hui, tout le monde reconnaît sa contribution dans la création de la valeur en appui de la stratégie métier ou pour traiter les problèmes opérationnels ou de conformité. Notre direction joue un rôle de plus en plus stratégique et elle est davantage intégrée dans l'activité des différents métiers notamment la chaîne de production. Nous avons réussi à harmoniser les processus métiers, ce qui implique une autre attitude liée au changement opéré. Cela se traduit par un intérêt grandissant des directions générales face aux incidences et aux impacts qu'ont les systèmes d'information sur la productivité des collaborateurs et l'efficacité de l'entreprise. La DSI n’est plus considérée comme un simple centre de coûts. Notre budget informatique dépasse légèrement le milliard d’euros, pour l’année.
Un mode de gestion donc complètement décentralisé ?
Nous avons une gouvernance informatique solide et bien organisée. Bien que Total soit un groupe décentralisé et que les opérations soient gérées au niveau des entités, la stratégie et les règles de fonctionnement groupe relèvent de la seule responsabilité de la direction des services d’information centrale. Toutefois, au sein de chaque entité, il y a une direction de l’information alignée sur le métier concerné. Ce n’est pas la solution la plus simple. Pour être honnête, c’est même assez compliqué, mais ça fonctionne bien chez Total. Ce qui importe, c’est que le système d’information de chaque entité soit adossé à une architecture globale commune qui a été créée en centrale.
Total est la première entreprise française par le chiffre d’affaires. Le budget alloué aux systèmes d’information est-il proportionnellement le plus important de l’hexagone ?
Je ne le pense pas. Il y a des entreprises dans le secteur industriel ou bancaire qui affectent plus de budgets informatiques que Total. De l’autre côté, si on se compare à d’autres majors comme BP ou SHELL, nous présentons un budget informatique moins important. Néanmoins, nous restons dans les standards du métier.
Qu’est-ce qui fait justement la particularité de vos systèmes ?
La particularité vient des différences que l’on observe d’une entité à l’autre. Total est impliqué à la fois dans un grand nombre d’activités, de l’exploration et la production (E&P) à la raffinerie, au commerce et au transport en passant par le gaz, l’électricité et les produits chimiques, sans oublier la pétrochimie et la chimie spéciale. Prenez l’entité E&P, par exemple. Elle produit du pétrole et s’appuie sur un système d’information complexe pour l’exploration, le calcul scientifique (voir encadré), etc., mais elle n’a pas de clients. D’un autre côté, l’entité Marketing traite avec les millions de clients qui passent chaque jour dans les quelques 20 000 stations services situées partout dans le monde. Vous imaginez bien qu’il y a autant de besoins différents qu’il y a d’entités dans Total et que chacune a besoin de son propre système d’information complexe. Ajoutez à cela notre une couverture géographique étendue : nous sommes présents en Europe, aux États-Unis, en Afrique et en Amérique du Sud, et nous sommes souvent dans des environnements où il n’y a absolument aucune infrastructure informatique (plates-formes E&P, par exemple, ou certaines raffineries…). Aujourd’hui, fournir des services informatiques à nos entités au bon niveau et au bon prix est un défi de plus en plus difficile à relever. Non seulement nous sommes en forte concurrence avec tous les acteurs majeurs du marché, mais également avec les entreprises indiennes et chinoises. Or, il nous faut demeurer compétitif. La rapidité est le facteur clé : l’adoption rapide de nouvelles technologies, du Web 2.0 à la FID, nous permet de conserver un temps d’avance sur nos concurrents.
Vous venez de mettre en place un ambitieux projet nommé « Perspective 2008 », pouvez-vous nous en dire un peu plus ?
Nous venons de finaliser les derniers gros projets issus de la Fusion entre TotalPetrofina et Elf comme l'évolution de notre système d'information avec l'implémentation du progiciel de gestion intégré SAP (Projet Template Europe) dans la branche raffinage marketing au niveau européen (12 raffineries, 8 pays, plus de 10 000 stations service et 12 000 utilisateurs). Parallèlement, nous entamons deux axes de travail, concernant la mobilité et la gestion des flux dématérialisés. Quand je parle d’infrastructure globale, je me tourne résolument vers l’avenir : elle n’existe pas encore mais c’est l’objectif que nous nous efforçons d’atteindre grâce à un projet spécifique dont le nom de code est « Perspective 2008 ». Grâce à cette nouvelle infrastructure, toutes les composantes seront mises à jour, du poste de travail à la sécurité du réseau en passant par le système de téléphonie. Ce projet de transformation stratégique permettra d’aboutir à des postes de travail standards dotés de fonctionnalités du Web 2.0 et permettant une meilleure coopération inter-unités. Le projet sera mis en œuvre à une échelle mondiale entre 2008 et 2012 et devrait coûter près de 300 millions d’euros. En clair, grâce au plan « Perspective 2008 », les salariés auront le moyen de se connecter aux systèmes d'information où qu'ils se trouvent sur la planète et quel que soit le terminal utilisé : assistant personnel, smartphone ou PC portable, il est prévu une protection renforcée du poste de travail. Grâce à quoi, les salariés se connecteront avec les mêmes niveaux de sécurité partout dans le monde.
Cela suppose un renforcement du niveau de la sécurité ?
Cette stratégie suppose l’embarquement sur le terminal une panoplie d'outils de gestion d'identification et d'authentification élaborée par un opérateur de télécommunications. Il s'agira de composants logiciels et de cartes de communication qui géreront de façon transparente l'accès aux multiples réseaux. Nous compléterons les dispositifs d'identification forte (en l'occurrence, des cartes à puces) par des systèmes biométriques mais tout dépendra des solutions disponibles, sachant que les lecteurs d'empreintes digitales ne s'avèrent pas suffisamment efficaces. Ce plan devrait faire évoluer les infrastructures du groupe pour répondre aux besoins des utilisateurs qui veulent accéder à leurs applications où qu'ils soient et via d'autres outils qu'un poste de travail traditionnel. C'est déjà possible en partie. Toutefois, étendre cette possibilité à grande échelle, implique la remise en question de notre architecture de télécommunications pour ouvrir notre système d'information tout en le sécurisant davantage. Nous devons basculer vers des systèmes de sécurité embarqués dans les composants, les centres de données, les ordinateurs portables, les réseaux locaux, etc. afin que chacun soit autonome avec son propre dispositif de sécurité. Nous devons parallèlement travailler sur l'interconnexion des systèmes d'information de nos branches avec l'extérieur pour la gestion de flux dématérialisés (factures, achats par voie électronique, etc.). Des questions de sécurité se posent également. Là aussi, nous allons changer nos infrastructures. Enfin, nous avons un projet de mise en place de la téléphonie sur IP pour l'ensemble du groupe, ce qui représente déjà 10 000 postes, sur notre seul site parisien.
Comment est gérée la téléphonie ?
La gestion de la téléphonie ainsi que le projet de mise en place de la ToIP rentrent dans le cadre de notre plan « Contact 2.0 ». Depuis le début du mois de juin, nous avons renouvelé notre contrat mondial avec Orange Business Services pour un montant compris entre 50 et 100 millions d’euros suivant l’évolution du périmètre pour une durée totale de cinq ans. Avec ce contrat, nous rentrons dans un nouvel univers, celui d’opérateur intégré qui assure l’évolution et le développement de nos moyens de communication. Nous avons des opérations dans 130 pays. Le projet Perspective 2008 comporte des défis importants. Son achèvement dans les délais impartis est d’une importance cruciale. Nous devons avoir fini la conception d’ici fin 2008 afin de pouvoir déployer le premier pilote en janvier. Cette phase pilote doit se dérouler à la perfection, la solution devra être complète. Nous ne pourrons pas nous permettre d’introduire des changements importants à un stade ultérieur du projet. A terme, sur chaque poste de travail, l’utilisateur aura accès à la vidéo-conférence, à la messagerie instantanée, à un système de communication unifiée. Les utilisateurs devront s’adapter à cet environnement de communication intégrée car son impact sur leur façon de travailler sera important. Notre mission est de les accompagner dans ce changement et de faire en sorte que la transition se fasse en douceur.
Notre ambition est assez exigeante. Nous voulons être capables de fournir le même niveau de service à partir du même poste de travail Vision de Total à tous nos employés, qu’ils soient en Europe, aux États-Unis, en Asie, en Afrique et partout dans le monde. Nos systèmes d’information devront être aussi facilement accessibles depuis chez soi, du bureau, d’un hôtel, de n’importe quel pays, n’importe quelle entité, et même de toutes les plateformes E&P !
Comment les implantations africaines de Total sont-elles connectées à ce réseau global ?
Aujourd’hui, plusieurs pays africains où nous sommes présents comme en Afrique du Sud ou au Nigéria sont à même de se raccorder à notre réseau mondial avec les mêmes standards solutions disponibles en Europe ou en Amérique du Nord (wireless ou filaire). Pour les autres pays qui sont notamment difficiles d’accès, nous privilégions des solutions types satellitaires pour les besoins de nos communications.
Encadré
Total se dote d’un supercalculateur
Le groupe Total vient de se doter d’un calculateur « haute performance » pour accroître l’efficacité et
la capacité de traitement des données nécessaires à l’exploration et à la production d’hydrocarbures. Cette dotation place le groupe parmi les premières entreprises mondiales en termes de puissance informatique scientifique. Cet investissement a été effectué pour augmenter l'efficacité et la capacité de traitement des données nécessaires à l'exploration et à la production d'hydrocarbure. Ce calculateur permet d'affiner la connaissance des réservoirs d'hydrocarbure en profondeur. Il sera plus particulièrement dédié à l'exploration de zones présentant des structurations géologiques complexes, plus difficiles à trouver et présentant donc des enjeux importants.
Installé au Centre scientifique et technique de Total, à Pau, le supercalculateur dont vient de se doter le groupe énergétique doit permettre d’affiner la connaissance des réservoirs d’hydrocarbures en profondeur. « Ces cinq dernières années, Total a multiplié par 17 sa puissance de calcul informatique pour répondre aux grands défis techniques que connaît l’industrie pétrolière et gazière. Non seulement les gisements auxquels nous avons accès sont de plus en plus complexes, mais il est également impératif de maximiser le taux de récupération des réserves présentes dans le sous-sol. Enfin, l’augmentation significative des coûts de forage ces dernières années justifie que nous investissions pour renforcer nos outils d’aide à la décision », a souligné Yves-Louis DARRICARRERE, Directeur général Exploration- Production de Total.
Enfin, le groupe a tenu à préciser qu’ « avec une consommation électrique de 400 KW, la chaleur dégagée par ce calculateur sera récupérée et réutilisée pour chauffer une partie des bâtiments du Centre Scientifique et Technique ».
Le calculateur retenu est doté d’une puissance de 123 TeraFlop (1 TeraFlop = 1012 opérations à virgule flottante par seconde)
Encadré 2
Patrick Héreng est Directeur des Systèmes d’Information et Télécommunications de Total depuis début 2006.
Agé de 51 ans et diplômé de l’Institut Supérieur de l’Electronique du Nord (ISEN), il est entré dans le Groupe en 1998 prenant la Direction des Systèmes d’Information (DSI) du Raffinage-Marketing.
Après avoir débuté sa carrière chez un constructeur informatique puis dans une grande Société de service d’ingénierie informatique (SSII), M. Héreng était DSI d’une importante institution financière française avant de rejoindre Total en 1998.
Le 09/07/2008 Auteur: CIOMag
