Dossier

SOA vs BPM, peut-on réellement les opposer? Le point de vue de Ghassan Callas


Docteur en Informatique, Université de Grenoble II Manager chez Computer Sciences Corporation (CSC) France Architecte et expert des Nouvelles Technologies et de l’intégration de solutions bancaires Ghassan CALLAS a rejoint CSC France, il y a 10 ans. Il a été impliqué dans de nombreux projets de conseils et d'intégration de systèmes pour concevoir et mettre en œuvre des solutions robustes et performantes.


SOA versus BPM ? Cela ressemble à un match de boxe. Dans le coin rouge, le BPM avec ses automatisations redoutables et ses optimisations sans faille, dans le coin bleu, le SOA fort de son interopérabilité létale et de ses possibilités d’évolution magistrale… Assurément, le Business Process Management (BPM) et l’Architecture Orientée Service ne se livrent pas bataille. S’ils s’opposent, c’est simplement que l’on veut faire d’eux des vis-à-vis, deux piliers symétriquement placés l’un à l’opposé de l’autre, et soutenant le même ouvrage.
Symétrie ? Si les deux démarches se font face comme un reflet dans une glace, seraient-elles en fin de compte deux termes désignant la même chose, ou sont-elles complémentaires, comme le sont si bien les piliers d’un édifice ?
A mon sens, BPM et SOA se complètent et peuvent donc être coordonnés. Les deux disciplines ont leur périmètre d’application qu’il convient de définir pour faire la preuve de leur complémentarité. Pour ce faire, un retour sur l’apparition du BPM et du SOA dans l’histoire de l’informatisation des mécaniques de l’entreprise nous met sur la voie.

Deux cheminements vers la même cible

L’avènement du BPM est intervenu à la suite de la généralisation du BPR (Business Process Reengineering) pour permettre, une fois les processus formalisés et modélisés, de maitriser la gestion régulière de ces processus : superviser leurs performances, suivre leur conformité et surtout leur alignement perpétuel sur la stratégie de l’entreprise. Cette dernière a en effet tendance à évoluer rapidement, pour l’élargissement chronique du contexte économique dans lequel l’entreprise agit.
Le déploiement de l’approche BPM est pratiquement devenu un standard : les processus sont définis puis modélisés. Les outils de Business Process Monitoring (BAM) ont connu un certain succès pour avoir répondu aux besoins de monitoring des activités et, par la suite, établi des modèles d’amélioration de performance des processus. Cette démarche de progressions concentriques a soulevé un certain nombre de questions. Comment traduire cette approche dans l’architecture de l’entreprise d’une façon continue ? Comment concevoir cette architecture pour offrir un maximum de flexibilité ? Comment maintenir l’évolutivité des processus avec un minimum d’impact sur l’architecture technique ? Comment assurer l’alignement du SI aux métiers de l’entreprise ? En un mot, comment peut-on transformer l’entreprise en entreprise agile ?
Dans le même temps, l’accélération du développement des Nouvelles Technologies et les efforts de normalisation et de standardisation engendrent une offre technologique mature et complète. Celle-ci constitue l’armature des différentes couches, allant de l’Infrastructure Technique à la fourniture des objets métiers prêts à utiliser, en passant par les plates-formes d’échange qui reposent sur des middlewares robustes et performants, permettant de couvrir les multiples besoins d’échanges métiers.
Les grands éditeurs du marché de l’informatique ont fédéré leurs efforts pour la définition de standards liés aux Web Services afin de permettre l’interopérabilité, mais ils ont été rapidement confrontés au problème de l’intégration de ces technologies. L’obstacle majeur était d’obtenir une formalisation rigoureuse et exhaustive des processus métiers avec un focus sur les processus transverses qui sont la clé de la réussite de l’intégration de ces technologies. L’approche SOA est apparue à ce moment-là, pour détailler le niveau charnière où l’architecture technique s’articule à l’architecture globale de l’entreprise. Cette approche a permis, entre autres, de passer de l’administration des objets métiers, en soi assez technique, à l’administration de services métiers qui permet d’automatiser les interactions entre les objets métiers. Par ailleurs, l’administration des services métiers est un processus plus compréhensible par les experts métiers qui ont normalement la charge de l’administration du catalogue des services métiers.
L’approche SOA est donc une formalisation d’une couche essentielle de l’architecture de l’entreprise. Cette couche permet de matérialiser le lien entre le domaine fonctionnel et le domaine applicatif. Ainsi, la responsabilité du domaine fonctionnel peut être assurée pleinement par les experts métiers.
Néanmoins, il est nécessaire de clarifier le mécanisme de l’intégration de l’approche SOA dans l’architecture de l’entreprise et l’articulation de cette démarche avec une démarche BPM afin d’atteindre la cible commune des ces disciplines : l’entreprise agile.

Vers une Architecture Orientée Processus

L’entreprise agile repose sur la maîtrise de l’architecture d’entreprise de bout en bout, balayant à la fois les dimensions de la stratégie métiers (Processus, Organisation, Localisation) et les dimensions de la stratégie SI (Données, Applications, Technologies).
La construction de l’architecture d’entreprise doit donc assurer la flexibilité de l’entreprise en veillant à l’alignement des niveaux Stratégie métiers et Stratégie SI, et en permettant le découplage, autant que possible, des cycles de vie de ces deux niveaux. Dans cette optique, nous avons une vision très claire des périmètres de disciplines BPM et SOA et de l’intérêt de leur complémentarité. Alors que le BPM permet de formaliser le niveau stratégie métiers, le SOA permet d’articuler les deux niveaux en assurant la flexibilité requise et la mise en œuvre du plan d’alignement métiers =663;=664; SI, le plan d’urbanisation.

Une démarche d’Architecture Orientée Processus constitue alors l’assemblage des démarches : BPM, SOA et urbanisation. Cet assemblage produit une charpente (framework) d’architecture unique prenant en charge l’ensemble des dimensions analytiques d’une architecture d’entreprise.
La mise en œuvre de cette charpente doit s’appuyer sur une démarche progressive et itérative. Qu’il s’agisse de l’option BPM ou SOA au sens évoqué ci-dessus, elle doit correspondre au lancement des grandes étapes vers une architecture orientée processus. Les deux procédés peuvent être lancés simultanément ou indépendamment l’un de l’autre. Néanmoins, la démarche SOA a immanquablement besoin d’une modélisation des processus ayant suffisamment de détails au niveau des tâches et des fonctions. C’est un pré-requis de l’analyse et de la mise en œuvre des services métiers.


L’Architecture Orientée Processus : le couronnement de la flexibilité

Le retour sur l’historique du BPM et de la SOA visait à mettre en lumière aussi bien la démarche de progression concentrique qui anime les architectes informatiques de la grande entreprise, que la complémentarité des deux approches. La SOA a permis de dégager le plein potentiel du BPM. La sollicitation des deux cheminements coordonnés a ouvert une nouvelle perspective d’agilité : la construction d’une Architecture Orientée Processus qui est aujourd’hui le meilleur garant de la flexibilité.

Ghassan CALLAS



Biographie


Après une expérience d'enseignant à l'Université de Savoie, au laboratoire d'Intelligence Artificielle de Chambéry, Ghassan a travaillé durant 5 ans à la SNCF à Paris comme responsable du pôle Data Management et Integration System.

Ghassan a rejoint CSC France depuis 10 ans. Il est manager et expert IT. Il a été impliqué dans de nombreux projets de conseils et d'intégration de systèmes pour mettre en œuvre des solutions robustes et performantes dans les domaines de la banque d'investissement, de la banque de détail, du brokrage on-line, de la logistique, du transport… au sein de grandes entreprises telles que : IXIS Investement Bank, Société Générale, CALYON, Natexis, Ex Self Trade(Boursorama Bank), Ex Consors (Cortal), Fnac, COLAS, ARIAB Mining Compagny, etc.

Ghassan a participé récemment à un projet réussi de fusion et de migration des SI des deux filiales de la banque française Société Générale en Egypte : NSGB et MIBANK (Misr International Bank) où il avait en charge la direction technique du projet.


Le 09/07/2008 Auteur: CIOMag


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